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Charles AUDRA

Peintre-Céramiste (1906-1990)

Tout d’abord, rien de mieux, pour avoir déjà une certaine idée de la personnalité de Charles AUDRA, que ci-après cet extrait d’une lettre qu’il adressait le 17 janvier 1964 à un expert parisien Jean DAUBERVILLE :

[Les points de suspension ne sont pas des coupures de texte]

« En dehors de ma situation de descendant d’industriels du meuble … (métier qui permet de vivre mais rarement plus), je suis, par goût, depuis mon enfance, passionné de dessin et de peinture. En plus, aussi, quelque peu sculpteur … céramiste … décorateur … et même architecte sans diplôme … (des raisons de santé ayant, il y a 40 ans, brisé mes possibilités d’avoir un diplôme … et, par là-même, orienté un peu plus ma vie vers l’Art).

Pourquoi, depuis ce temps, ne suis-je resté connu que d’un cercle restreint … Nonchalance et manque de goût pour la réclame personnelle … Rupture par la guerre de projets de jeunesse … et puis, je vendais, par relations (pas très cher, mais sans frais), à peu près toute ma petite production artistique sans me déplacer …

Ceci est une très mauvaise chose à tous points de vue, en notre époque de publicité effrénée …

J’ai fait quelques expositions régionales, avec un certain succès. J’en prévois d’ailleurs une, dans quelque temps à Cannes, à la Galerie Cézanne, étant ami de son directeur.

Mais j’aimerais, aussi, prendre un peu pied à Paris. Même sans grand profit immédiat, j’en retirerais dans le Sud-Est, une certaine réclame, si j’avais, ne serait-ce que quelques toiles exposées dans une maison du renom de la vôtre. »

Naissance à Die

Charles AUDRA nait le 9 novembre 1906 à Die (Drôme). Son père, Marius, possède une importante manufacture de meubles. Sa mère, née Élisa BLANC, met au monde deux autres garçons : Henri l’aîné et Jean le cadet.

Dès son enfance, il est passionné de dessin, aidé en cela par ses parents qui l’y encouragent fortement.

Les études et la maladie

Il effectue ses études supérieures à Grenoble en vue d’être ingénieur. Il obtient d’abord en 1922 un Certificat d’études pratiques industrielles en Menuiserie, puis en 1924 le Baccalauréat Technique à l’École Vaucanson, qui le destinait aux Arts et Métiers. Atteint aux poumons, il doit y renoncer à l’âge de 18 ans. En cure à Hauteville dans l’Ain, il se tourne vers la peinture et retrouve ainsi un but à son existence. Il s’inscrit en 1926 aux Cours A.B.C. de dessin par correspondance qu’il poursuivra jusqu’en 1930 en convalescence à Aspres-sur-Buëch (Hautes-Alpes) où sa famille possède une propriété.

L’activité professionnelle

Les trois frères prennent la direction de l’usine à la suite de leur père, Charles assurant la fonction de Directeur Artistique - telle qu’il le spécifie lui-même sur sa carte d’identité - correspondant parfaitement à ses capacités. Il crée des meubles ainsi que leurs accessoires et des objets de décoration.

Les loisirs et les talents

De son adolescence jusqu’à son mariage, on peut noter des loisirs qui dénotent un caractère éclectique doté de nombreux talents, aimant la nature, mais aussi par ailleurs enjoué, facétieux, voire potache : randonnées à pied et en ski avec son frère Henri et un groupe d’amis dans le Vercors tout proche et autour de Grenoble, peinture et dessin bien entendu, théâtre amateur, écriture de contes, « conseiller » de la commune libre de Saint-Marcel (quartier de Die), dessins humoristiques et caricatures qu’il signe du nom de « Carolus », affiches et illustrations. A noter qu’il a un réel talent d’architecte puisqu’il fait pour ses amis des plans complets de projets de maisons avec force détails notamment d’exécution de béton armé.

Le mariage

Il se marie en 1936 avec Hélène MELQUIOND, sage-femme à Laragne (05). C’est d’ailleurs là qu’ils habitent une quinzaine d’années avant de s’établir à Die, dans la maison familiale située Place Saint-Marcel (aujourd’hui Place Antonin Chevandier) jusqu’à sa retraite. Ils achètent en 1946 un appartement à Cannes où ils séjournent régulièrement. Tous ces lieux de résidence, comme ceux où demeurent les membres de sa belle-famille,  sont pour lui une forte source d’inspiration et lui donnent l’occasion de faire des expositions : la vallée de la Vallouise d’où est originaire sa femme, Guillestre et le Queyras, Gap et Saint-Tropez. Ils effectuent de nombreux voyages dont l’Italie en 1959.

Peintre et céramiste

Dès l’âge de 20 ans il commence à peindre, activité qu’il poursuivra jusque dans les années 60 de façon semble-t-il irrégulière et avec un certain dilettantisme, même s’il organise des expositions pour se faire connaître (voir ci-après). Il paraît difficile de le rattacher à telle ou telle école, sauf peut-être durant les 20 premières années de recherches personnelles où il est manifestement influencé par les maîtres. Il peint des figures bibliques et romanesques, des paysages de villages alpins et de Haute-Provence, des marines, des nus ou des scènes de plage de très grand format. Par contre, même si sa peinture reste figurative, il s’affirme dans les années 50 et 60 avec beaucoup de maîtrise et un style qui lui est propre. Ses tableaux de fleurs exécutés au couteau retiennent l’attention. Charles AUDRA connaît un attrait certain pour le Sud de la France, à l’instar des nombreux peintres du « Grand Atelier du Midi ». Un inventaire des tableaux de Charles AUDRA est en cours, la plupart disséminés parmi les membres de sa famille, ses amis et quelques acquéreurs. On estime sa production de 700 à 800 peintures à l’huile.

Il est un art où il excelle également, la céramique. Sa femme l’accompagne dans cette pratique. Ils possèdent à Die un four grand feu (1000°) avec lequel ils produisent des pièces uniques entièrement modelées à la main sans moulage. C’est pour eux l’occasion de se lier d’amitié avec « Loute » (Louise) SAINT-BONNET, ancienne caricaturiste politique qui s’est reconvertie dans les céramiques d’oiseaux appréciées jusqu’à la Cour d’Angleterre à laquelle sa sœur « Téter » (Esther) VIGNON-FREEBORN est apparentée.

C’est grâce à elles que Charles AUDRA fait connaissance à Cannes avec Jean-Gabriel DOMERGUE. Il se rend fréquemment à la Villa Fiesole (devenue depuis Ville Domergue). La spécialisation en figuration féminine de celui-ci, décédé en 1962, a peut-être influencé certaines peintures et la nombreuse série de portraits de femmes réalisés par Charles AUDRA de 1961 à 1966.

La retraite

Une fois l’usine vendue, Charles et Hélène AUDRA se retirent en 1973 à Gap où vivent leur neveu Lucien TOYE et sa femme Hélène chez qui ils sont venus très régulièrement depuis les années 50. Sans enfant, leur affection s’est portée sur cette famille, notamment envers une des six enfants, Marie-Claude, qui est allée régulièrement passer ses vacances chez eux à Laragne, Die et Cannes. Affaibli, Charles AUDRA ne peint pratiquement plus au cours de sa retraite. Après le décès de sa femme en 1989, il est accueilli et soigné au domicile de Marie-Claude à Gap où il décède le 9 mars 1990.

Peinture autoportrait
Dessin autoportrait
Remerciements

Merci au Dr Jean-François MAHÉ, propriétaire actuel de l’appartement de Die dans lequel a vécu Charles AUDRA, d’avoir porté beaucoup d’intérêt à celui-ci et participé activement à la valorisation de son œuvre. Merci également à Élisabeth TOYE-LAGNEUX, sœur de Marie-Claude TOYE-FAURE, à l’origine du contact établi entre le Dr Jean-François MAHÉ et la famille de l’artiste.

Novembre 2013

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